• J'attendrai... ce qu'on en dit...

     Télérama Sortir 24/05/2015

    critique Thierry Voisin

     J'attendrai... ce qu'on en dit...

     

    Clubs et concerts Bordeaux, janvier 2012

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    Clubs et concerts Bordeaux Janv2012         Clubs et concerts suite

     

     

    Le Réveil – 5 avril 2012

    Cette création évoque, avec beaucoup d'humour, le quotidien du personnel et des pensionnaires à l'autonomie des réduite des maisons de retraite. Entre scènes complètement déjantées et moments de tendresse et de poésie décalées, les spectateurs sont embarqués dans les folies de cet établissement. Une belle manière de dédramatiser ce qui nous touche tous, de près ou de plus loin, en proposant de rire ensemble.

     

     

     

     

    Publié le 23/01/2013 SUD OUEST
    Par Jean Luc Eluard

    Meilleurs vieux de bonheur
    « J'attendrai » est la troisième création de Pina Blankevoort programmée à la Boîte à Jouer de Bordeaux.

    Pina Blankevoort, on la connaît bien à la Boîte à Jouer où l'on est fidèle en amitié. La Néerlandaise d'Ardèche au nom de banlieue bordelaise est déjà passée par ici pour y faire montre de son ravageur sens de l'observation des petits défauts de ses contemporains, qu'elle vitriolise avec une douceur joviale. Elle parlait des maladroites bonnes âmes tiers-mondistes, en solo dans « C'est pas donné », des vieilles dames indignes, en duo dans « Enfin seule » et revient ici, en trio, avec « J'attendrai » qui pare lui aussi de la vieillesse parce que le sujet est inépuisable. Là, elle ne joue pas mais a mis dans le texte et la mise en scène tout son art à égratigner le monde avec bienveillance, avec un humour qui reste caustique mais évite la cruauté gratuite en ne jugeant pas. Elle observe et elle en rit, c'est tout et c'est beaucoup.
    Portes ouvertes à la RPA
    C'est journée portes ouvertes dans une maison de retraite. La pétaradante directrice tient à ce que tout soit en place, parce que l'image, c'est important. Et le personnel, débordant d'une vitalité mal contrôlée, plein d'une inutile bonne volonté, est là pour agiter tout ce petit monde : il y a là Mme Pyrénées, douce et timide, M. Leblanc qui ne demande rien à personne si ce n'est de pouvoir offrir une petite fleur à la première, et une dernière pensionnaire, peste énergique et un tantinet sournoise.
    Un petit monde qui vit en vase clos, qui se croise et se recroise, houspillé, bousculé avec cette bonhomie énergique dont les gens jeunes et en bonne santé pensent devoir user avec ceux qui ont depuis longtemps passé l'âge de se dépêcher. La directrice s'affaire en brassant l'air, toujours débordée, toujours pétulante, fière de la vitrine idéale qu'elle veut présenter, celle d'un monde lisse et fonctionnel.
    Rire sans juger
    Et pour cause : il y a tellement de choses à faire qu'elle ne fait jamais, tellement d'ordres à donner pour que tout marche efficacement, rationnellement, qu'on ne prend même pas la peine d'écouter ce que les résidents ont à dire. Après tout, ils ne sont que les variables humaines d'une machine bien huilée.

    Avec tout ceci, on aurait pu faire un drame social et hautement conscientisant. Pina Blankevoort, elle, préfère en rire sans juger, consciente du fait que l'on fait passer plus de choses par le rire. Un humour bien servi en outre par trois acteurs complémentaires, dont l'une a l'énergie fulgurante d'une Jacqueline Maillan, l'autre la candeur clownesque et malicieuse et le troisième le côté hurluberlu décalé et naïf. C'est surprenant et ça fonctionne : cet été, ce fut l'un des succès inattendus du off du festival de rue d'Aurillac, vaste foire d'empoigne d'où il est rare d'émerger.

     

    J'ATTENDRAI
    Cie Mine de rien (France)
    30/09/2012
    Par Jean-Luc Eluoard

    Il y a dans ce spectacle toute la tendresse et la drôlerie que peut apporter un regard aussi bienveillant qu'acéré sur un sujet grave. Avec « Enfin Tranquille », Pina Blankevoort s'était déjà colletée avec le thème de la vieillesse. C'était nostalgique et amusant, c'était également juste et judicieux. Avec « J'attendrai », elle revient sur ces terres arides d'une vie en suspend mais elle le fait avec cette élégance du sentiment qui consiste à ne pas étaler une pitié ou une condescendance malvenue mais, au contraire, à faire rire. Sans malice et sans cruauté : ici, on ne rit pas « de » mais « avec ».
    C'est journée portes ouvertes à résidence « Do mi si la do ré ». La pétaradante directrice tient à ce que tout soit en place, parce que l'image, c'est important. Et le personnel, débordant d'une vitalité mal contrôlée, plein d'une inutile bonne volonté, est là pour agiter tout ce petit monde : il y a là Mme Pyrénées, douce et timide, M. Leblanc qui ne demande rien à personne si ce n'est de pouvoir offrir une petite fleur à la première, et Mme XXXXX, peste énergique et un tantinet sournoise.

    Un petit monde qui vit en vase clos, qui se croise et se recroise, houspillé, bousculé avec cette bonhommie énergique dont les gens jeunes et en bonne santé pensent devoir user avec ceux qui ont depuis longtemps passé l'âge de se dépêcher. La directrice s'affaire en brassant l'air, toujours débordée, toujours pétulante, fière de la vitrine idéale qu'elle veut présenter, celle d'un monde lisse et fonctionnel. Et pour cause : il y a tellement de choses à faire qu'elle ne fait jamais, tellement d'ordres à donner pour que tout marche efficacement, rationnellement, qu'on ne prend même pas la peine d'écouter ce que les résidents ont à dire. Après tout, ils ne sont que les variables humaines d'une machine bien huilée. On les aime bien, il n'y a pas à dire, on veut les traiter dignement mais on n'a pas le temps non plus de savoir qui ils sont ni ce qu'ils veulent. Maladroit et saugrenu, l'aide soignant parvient à peine à suivre cet ouragan, s'attachant avec frénésie à aider les résidents qui ne lui demandent rien, bousculant les calmes habitudes avec une candeur désarçonnante.

    Avec tout ça, Pina Blankevoort a bâti des moments de vie, des brefs éclairs virevoltants d'un humour familier et pétillant. Il y a un peu de cirque qui ne dit pas son nom mais se retrouve dans l'esprit primesautier des enchainements et il y a trois acteurs formidables et sans afféteries. En directrice, Valérie Baudouin a des fulgurances que pouvait avoir Jacqueline Maillan, Armelle Jamonac est émouvante, clown désarmant qui porte dans le regard toute une malice contenue et Jérôme Fayet est un vrai hurluberlu lunaire et un poil grotesque lorsqu'il est l'aide-soignant. Alors on rit, franchement, sans le scrupule du rire déplacé. Parce qu'il y a ceci d'extraordinaire dans « J'attendrai » que le rire sert réellement de paravent pudique à un vrai discours sur la fin de vie, sur l'attitude des moins âgés envers les anciens.

    Sans jamais le dire, sans jamais pointer du doigt, accuser ou vouloir attirer l'attention, « J'attendrai » nous prend par la main pour nous dire « riez d'abord, vous verrez après ». Et ça, ça rajeunit.